La Commune

D’Armand Guerrafiction20 min 361914Domaine public

Synopsis

Narration des événements qui mènent à la Commune de Paris en mars 1871.

Fiche technique

Réalisateur : Armand Guerra
Scénariste : Lucien Descaves
Interprète : Armand Guerra
Société de production : Le Cinéma du Peuple
Durée : 20 min 36
Date de sortie : 28 mars 1914

Licence

Domaine public

Thèmes

Histoire, la Commune, révolution

Technique

prise de vues réelles


Notre avis

La Commune n’est pas un chef d’œuvre. Mais le film est intéressant à plusieurs titres et mérite qu’on s’y intéresse. Son réalisateur, Armand Guerra, est anarchiste, et a toujours articulé sa pensée et ses actes. Il est notamment expulsé de France pendant la première guerre mondiale du fait de son pacifisme, et réalise des reportages pendant la guerre d’Espagne. Il participe en 1913 à la création de La Coopérative du Cinéma du Peuple, en réponse au film de propagande catholique, bourgeoise, militaire et patriotique. Ce film est leur dernier, puisque la Grande Guerre met fin à l’initiative. A noter que les derniers plans sont documentaires. On y voit un groupe de l’Association fraternelle des ancien·nes combattant·es de la Commune.

affiche du film

Autour du film

Éléments historiques

« Après la défaite de Sedan et la chute du Second Empire, Adolphe Thiers a été nommé chef de l’exécutif. À Paris, la révolte populaire est imminente. Le 18 mars 1871, Thiers convoque le général Lecomte et lui ordonne de retirer les canons conservés par la Garde nationale. Or, au même moment, rue des Martyrs, un garde national reconnaît un des chefs de la répression de juin 1848, le général Thomas.

La foule s’ajoute aux soldats et tous s’emparent de lui. Sur le chemin de la butte Montmartre, ils rencontrent les troupes de Lecomte et c’est la fraternisation, crosses en l’air. Malgré une tentative du comité central de la Garde nationale pour s’interposer, Lecomte et Thomas seront exécutés. Apprenant que Paris s’est soulevé, Thiers s’enfuit à Versailles. À la suite des élections municipales, la Commune de Paris est proclamée à l’Hôtel de ville le 28 mars 1871. Quelque quarante ans plus tard, d’anciens combattants de la Commune sont réunis devant le Louvre pour une photo souvenir. On reconnaît Zéphyrin Camélinat, Jean Allemane et Nathalie Lemel. Au dernier plan, une inscription sur un drapeau : “Vive la Commune!”. »

Source : La Cinémathèque française. (2013). La Commune. Cinematheque.fr.

Le cinéma du peuple

« C’est le 28 octobre 1913 qu’est créée la « Société coopérative à capital et personnel variables Le Cinéma du Peuple ». […] La dominante du groupe est principalement libertaire mais, comme le souligne Tangui Perron dans une excellente étude, « il existait de nombreuses passerelles entre anarchistes, socialistes et syndicalistes révolutionnaires ».

Le programme d’action du Cinéma du Peuple est publié avant même la création officielle de la société, le 13 septembre 1913 : « Notre but est de faire nous-mêmes nos films, de chercher dans l’histoire, dans la vie de chaque jour, dans les drames du travail, des sujets scéniques qui compenseront heureusement les films orduriers servis chaque soir au public ouvrier […]. De toutes nos forces nous combattrons l’alcool, comme nous combattrons la guerre, le chauvinisme stupide, la morale bourgeoise et inepte. » Depuis longtemps, les libertaires rêvent de « moraliser » – c’est leur propre expression – le cinéma, de modifier aussi l’image de l’ouvrier alcoolique qui se retrouve dans bon nombre de drames sociaux produits par Pathé, Gaumont ou Éclair. »

Source : Laurent Mannoni. (2013). Le Cinéma du peuple. Cinematheque.fr.

Un désir d’élargir son audience

« Le scénario de La Commune n’est évidemment pas très fidèle à la réalité historique ; les lieux géographiques ne sont pas respectés non plus. Mais le point le plus troublant, et le plus difficile à éclairer est celui-ci : pourquoi le ton du film est-il si neutre, si peu « engagé », si consensuel ? Alors que les autres films du Cinéma du Peuple semblent tous teintés de vives revendications sociales, le propos de La Commune reste étrangement timide, sans véritable parti pris. […] Une explication pourrait être la volonté du Cinéma du Peuple d’élargir son audience. Les premiers films réalisés n’avaient été projetés que devant quelques poignées de militants, et en de rares occasions. Or nous savons que La Commune a connu une diffusion plus large, notamment à l’étranger. Le Cinéma du Peuple rêvait-il de s’introduire dans les réseaux de distribution classique de l’époque (Pathé par exemple) ? Il aurait alors été nécessaire de produire un film au ton relativement sage. Cette hypothèse est rendue plausible grâce au témoignage de Guerra, qui parle de La Commune comme devant être « pour tout public sans distinction de classes sociales ou d’idéologies ». Et un texte publié par Les Temps nouveaux du 14 mars 1914 insiste même sur l’aspect neutre du film : « Point n’est besoin de dramatiser quand il s’agit de la Commune. Les faits sont suffisants. Ils sont assez dramatiques sans rien y ajouter de fictif. » […]

Sans doute Le Cinéma du Peuple a-t-il fait fausse route en renonçant à sa première vocation libertaire et sociale, en essayant d’imiter Le Film d’Art ou les drames historiques de Pathé. Toujours est-il que cette généreuse entreprise, balayée par la déclaration de guerre, ouvre la voie au futur cinéma du Front populaire, au cinéma ouvrier et militant. La Commune, avec toutes ses imperfections, constitue une étape importante dans l’histoire d’un cinéma qui se voulait porteur d’espoir et de courage pour la classe ouvrière. Ce film nous apparaît aujourd’hui inférieur à sa mission, mais peut-être n’a-t-il pas encore livré tous ses secrets. »

Source : Laurent Mannoni. (2021). La Commune. Cinematheque.fr/Henri.

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